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Le béton végétalisable : un béton écologique ?

Des chercheurs de l'université de Catalogne ont développé un nouveau béton dit biologique. Le composé est adapté à la pousse des mousses, algues, champignons et lichens. Selon les chercheurs, ce béton présenterait des avantages esthétiques, mais aussi thermiques et environnementaux.
Un béton qui capte l'eau de pluie pour laisser se développer les micro-organismes

Les chercheurs du groupe Technologie des Structures de l'Universitat Poltiècnica de Catalunya (UPC) ont mis au point un nouveau béton comportant plusieurs couches. La première est imperméable pour protéger la structure ou le bâtiment qu'elle entoure. La seconde couche est une couche organique : elle capte et retient l'eau de pluie pour permettre ainsi le développement de certains micro-végétaux, grâce à un pH[1] proche de 8. Enfin, la dernière couche est elle aussi imperméable mais pas partout, afin de laisser pénétrer l'eau. Elle ne ressort qu'à certains points donnés afin de la canaliser à l'intérieur du béton.
Une meilleure performance énergétique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre

Pour rappel, les végétaux absorbent le CO2 au cours de leur croissance et permettent donc de lutter contre le réchauffement climatique en agissant comme des puits de carbone. De plus, le béton végétalisable capte mieux les rayons du soleil, ce qui permet une meilleure conductivité thermique à l'intérieur du bâtiment. Ce béton vert permettra donc un meilleur confort thermique à l'intérieur des bâtiments, sans avoir à rajouter un revêtement sur le béton.

Les chercheurs de l'UPC ont utilisé deux matériaux classiques : le béton conventionnel carbonaté (fabriqué à base de ciment traditionnel de type Portland), et le ciment de phosphate de magnésium. Celui-ci est un fait un mortier, que l'on utilise également en médecine et en odontologie car biocompatible[2].
Un bâtiment vivant au fil des saisons

Selon les espèces qui proliféreront sur ce matériau, les couleurs du bâtiment pourront évoluer tout au long de l'année, pour créer une sorte de façade vivante. Les chercheurs catalans travaillent actuellement avec des collègues belges pour déterminer les conditions optimales de croissance des végétaux. Ils cherchent à accélérer celle-ci afin d'obtenir un aspect visuel satisfaisant en moins d'un an. Les micro-organismes qui pousseront sur le béton empêcheront la pousse d'autres végétaux dont les racines pourraient abîmer le matériau.
Qu'apporte le béton végétal alors que les murs végétaux existent déjà ?

Contrairement au mur végétal, le béton végétal intègre la solution dans le matériau : autrement dit, il n'y a qu'à laisser faire la nature. Nul besoin de tuteurs, d'irrigation, d'apport de terreau...

L'invention a déjà été brevetée et le béton vert pourrait faire son apparition très prochainement dans la rénovation et sur les nouveaux bâtiments. Ses fabricants mettent en avant de nombreux avantages : régulation de l'humidité et de la chaleur, atténuation du bruit, filtrage de la pollution de l'air, augmentation de la biodiversité avec la pousse de plantes...
Vers un béton moins préjudiciable pour l'environnement ?

Pour l'heure, l'écrasante majorité des informations disponibles sur ce béton (et sur le béton en général) proviennent des entreprises du secteur. Elles sont donc à prendre avec un certain recul.

Toutefois, les enjeux relatifs au béton sont énormes : la production de ciment serait responsable de 7 à 8% des émissions de gaz à effets de serre dans le monde et environ 3% des émissions de CO2 de l'Europe.

En effet, le ciment de Portland nécessite une grande quantité d'énergie pour être fabriqué : le processus réclame une combustion à 1500 degrés, réalisée notamment avec des combustibles fossiles qui émettent des gaz à effet de serre. De plus, la transformation chimique du carbonate de calcium (CaCO3) en chaux hydraulique (CaO) émet principalement du CO2 mais aussi des oxydes d'azote (NOx) et du dioxyde de soufre SO2 qui participent à l'acidification de l'atmosphère. Ainsi, 884 kilogrammes de CO2 sont émis pour chaque tonne de ciment produite (539 kg à cause du processus chimique et 345 kilogrammes à cause des combustibles fossiles utilisés pour la combustion), sans prendre en compte le transport.

Le béton est composé de sable, de gravier, et d'un peu de ciment, il est donc déjà plus respectueux de l'environnement que le ciment pur. Mais le ciment du cimentier Portland n'échappe pas au processus de fabrication polluant, de quoi nuancer un peu le caractère écologique de ce nouveau béton "révolutionnaire".
Sources

Le potentiel hydrogène (ou pH) mesure l'acidité ou la basicité d'une solution. Ainsi, dans un milieu contenant de l'eau à 25 °C : une solution de pH = 7 est dite neutre ; une solution de pH < 7 est dite acide : plus son pH s'éloigne de 7 (diminue) et plus elle est acide ; une solution de pH > 7 est dite basique :  plus son pH s'éloigne de 7 (augmente) et plus elle est basique.
La biocompatibilité est la capacité des matériaux à ne pas interférer ou dégrader, le milieu biologique dans lequel ils sont utilisés (un être vivant le plus souvent). Ce terme renvoie principalement aux matériels médicaux en contact direct avec les tissus et fluides internes du corps (sondes, seringues, prothèses, ciments dentaires, implants osseux etc.)

Auteur
avatar Anaelle Sorignet / notre-planete.info - Tous droits réservés

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