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Comment devient-on paysan ?

2016-06-22 07:50:01 UTC
Devenir-paysan

Un véritable retour à la terre se profile en France : chaque année, des milliers de personnes créent leur ferme. De l’idée à l’installation, découvrez les sept étapes clés pour parvenir à ce changement de vie.

Un déclic, un besoin de retour à la terre ou un cheminement : le point de départ d’une nouvelle vie est propre à chacun. L’objectif, lui, est le même : devenir paysan.

  1. Se reconvertir : un cheminement personnel

Certains nouveaux paysans attribuent leur envie de changement à un déclic, d’autres disent avoir progressivement eu besoin de retrouver un cadre naturel. À ce stade, la première des préoccupations est de définir ses valeurs et ses besoins : c’est le début d’une démarche intérieure personnelle.
« Je travaillais dans l’immobilier. J’ai démissionné pour suivre une formation en développement durable. Me tourner vers l’agriculture m’a aidée à retrouver un équilibre », raconte Linda Bedouet. Attirée par la permaculture, cette ancienne Parisienne a décidé avec son compagnon, Édouard Stalin, de se lancer dans le maraîchage bio : « En 2011, nous avons créé notre ferme, car nous ne voulions plus rester inactifs face à l’état actuel de la planète et nous souhaitions cheminer vers l’agriculture biologique et locale. Notre entourage nous a fortement soutenus. » Dans l’Eure, à la ferme de la mare des Rufaux, ils cultivent désormais fruits et légumes en permaculture.

  1. Définir ses aptitudes et sa future activité

Qu’est-ce que je veux faire ? Quel métier est fait pour moi ? Définir son activité est l’une des premières étapes du projet. Petit élevage ou maraîchage ? Les nouveaux paysans optent souvent pour l’un ou l’autre. « Mis à part le maraîchage, les autres domaines de l’agriculture sont difficilement accessibles étant donné le prix des investissements et la difficulté de trouver un terrain. Devenir céréalier ne peut être envisagé[l’hectare coûte en moyenne de 2240 € en Loire-Atlantique à plus de 16000 € dans les Bouches-du-Rhône]», avoue Gaspard Manesse, ancien infirmier devenu maraîcher dans les Yvelines.
Avant de se lancer dans une formation ou de commencer à développer son projet, simplement découvrir concrètement les différentes facettes du métier est un bon point de départ. Comment ? En se rapprochant des acteurs du milieu, que ce soit des paysans ou des associations d’accompagnement dans l’installation agricole. Les Adear (Associations pour le développement de l’emploi agricole et rural), le Gab (Groupement des agriculteurs biologiques), Terre de liens – qui rachète des terres pour les louer à de nouveaux paysans– ou encore les espaces test agricoles, comme la couveuse d’activités agricoles Les Champs des possibles, sont des structures – le plus souvent associatives – qui regroupent paysans et accompagnateurs, réunis dans le but d’installer des nouveaux venus.

Pour faire découvrir le milieu agricole, Les Champs des possibles propose chaque année un parcours découverte intitulé Paysan demain ! Pendant deux à trois mois, celles et ceux qui portent en eux une « envie d’agriculture » multiplient les expériences au sein des 35 fermes en agriculture biologique et paysanne du réseau, situées en Île-de-France, et travaillent avec des accompagnateurs sur les ressorts de leur envie de transition professionnelle. Toutes les productions sont représentées : élevage, maraîchage, polyculture, arboriculture et PPAM (Plantes à parfum, aromatiques et médicinales).
Autre option : le woofing, un réseau de fermes principalement bio qui permet à qui le souhaite de partager le quotidien de paysans aux quatre coins du monde.
Pour les demandeurs d’emploi désirant plutôt s’orienter vers le salariat agricole, l’Adema (Accès des demandeurs d’emploi aux métiers agricoles) propose une formation professionnelle gratuite de trois semaines pour découvrir les bases d’un métier agricole.
Une fois le projet de vie défini et la découverte du métier passée, l’étape suivante est de taille, puisqu’il s’agit à la fois de se former, de développer son projet et de chercher un lieu tout en réglant la question du financement.

  1. Acquérir de l’expérience : vers quelle formation se tourner ?

Les lycées d’enseignement général, technologique et professionnel disposent de formations agricoles au moins de 18 ans. Production végétale, horticulture ou élevage, plusieurs spécialisations sont proposées. Pour les jeunes âgés de 16 à 26 ans, les centres de formation d’apprentis (CFA) dispensent des formations en alternance au sein d’exploitations agricoles.
Les adultes prêts à se reconvertir professionnellement peuvent, eux, intégrer les centres de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) pour préparer le brevet professionnel Responsable d’exploitation agricole (BPREA) qui comprend plusieurs semaines de stage dans une exploitation.

Linda Bedouet et Édouard Stalin ont lancé en février 2016 l’association FMR (les amis de la Ferme de la mare des Rufaux) et créé leur espace test agricole – un dispositif qui permet à des porteurs de projet de tester une activité agricole grandeur nature avant leur véritable installation. Leur objectif : « Faire profiter les jeunes de nos compétences, de notre expérience, de débouchés de commercialisation et promouvoir l’agroécologie et le développement des microfermes », conclut la néo-paysanne, qui prépare actuellement un manuel pour devenir paysan.

  1. Définir les différents éléments du projet

Pendant la période de formation, le projet d’installation agricole se précise au fil des mois. Suivis par une association d’accompagnement, les futurs paysans consolident leurs idées : quels produits font défaut dans la région ? Quel sera le type de clientèle ? Une analyse de marché est faite pour déterminer le lieu d’implantation, les enjeux dans la région et les produits à privilégier. Pour Arnaud Trollé, directeur de l’association Savoir faire et découverte, « un paysan répond à une demande. Nous facilitons son installation par le biais de la transformation des produits agricoles. En formant par exemple un fromager qui utilisera le lait d’un paysan pour vendre du fromage localement, nous offrons plus de chances de réussir aux futurs agriculteurs. »

  1. À la recherche d’un lieu d’installation

La plupart des nouveaux paysans sont ce qu’on appelle des « non issus du milieu agricole », ou Nimas. Ils ne possèdent ni propriété héritée de leurs parents ni bail qu’ils puissent récupérer facilement. Ces Nimas optent le plus souvent pour la location de terres, une solution plus économique que l’achat.
Pour permettre leur installation, l’association Terre de liens rachète des terres pour les leur louer grâce au fonds d’investissement La Foncière. La Fondation, créée par l’association, regroupe, elle, dons des citoyens et mécénats d’entreprise pour rendre possible l’installation de nouveaux paysans. À une condition : s’inscrire dans une démarche de production biologique.
« Tout comme dans les pays anglo-saxons, les installations agricoles sont soutenues par les fondations, à travers des donations, plutôt que par l’action publique. Les citoyens qui veulent défendre les terres agricoles et l’agriculture différente sont prêts à acheter des actions ou à faire des dons », affirme Michel Vampouille, administrateur de Terre de liens. Lors de l’acquisition d’une ferme, un appel est lancé aux citoyens pour acheter des actions via le fonds d’investissement qui rassemble 12 000 actionnaires pour 50 millions d’euros. Depuis sa création en 2003, l’association a permis l’installation de presque 200 fermes.

  1. Financer son projet

La question du financement se pose lorsque le projet est clairement défini : lieu, activité, moyens matériels et humains… Les futurs paysans établissent, selon leur capital de départ, la part d’investissements progressifs, d’autofinancement ou d’emprunts. Pour la création ou la reprise d’une entreprise agricole, ils peuvent bénéficier d’aides à l’installation agricole.

Les conseils régionaux proposent également des aides à l’installation agricole pour les futurs paysans qui ne peuvent prétendre à ces subventions. Après l’installation, peuvent s’ajouter les aides au développement, les aides au fonctionnement, les aides au crédit, les aides au conseil et les aides à la formation, soumises à de nombreux critères.
Selon le plan de financement de chaque porteur de projet, la part d’aides et de capitaux personnels varie considérablement. « Nous accompagnons les futurs paysans dans leurs démarches pour le diagnostic de projet, le plan de trésorerie et le plan comptable prévisionnel. Ensemble, nous avançons avec prudence, sans être trop ambitieux », rassure Marie-Laure Gutierrez, de Terres vivantes, une association qui accompagne les porteurs de projet agricole dans l’Hérault et les Pyrénées-Orientales.

Qui peut bénéficier des aides de l’État pour l’installation ?

Toute personne qui souhaite s’installer comme exploitant agricole, à condition de :
– s’installer pour la première fois comme chef d’exploitation individuel ou en société ;
– d’être âgé de plus de 18 ans et de moins de 40 ans ;
– de disposer de la capacité professionnelle (équivalent du BPREA) et d’avoir validé son plan de professionnalisation personnalisé (PPP) ;
– de justifier d’une surface minimale d’installation (SMI) ou d’une activité minimale d’assujettissement(AMA) ;
– de présenter un plan d’entreprise sur 5 ans permettant d’atteindre un revenu au moins égal à un Smic.
Il existe deux types d’aides à l’installation : la dotation jeune agriculteur, de 15 000 € en moyenne, et les prêts bonifiés – des prêts accordés à un taux inférieur à celui du marché (1% ou 2,5%) grâce à une aide de l’État pendant cinq ans maximum.

  1. Se confronter à la réalité par l’immersion professionnelle

Avant l’installation, les futurs agriculteurs intègrent le plus souvent un espace test agricole afin d’améliorer leurs compétences techniques et de gestion par une mise en situation réelle. La coopérative d’activités Les Champs des possibles propose cette expérience pour une durée d’un à trois ans. L’objectif est de développer les savoir-faire des apprenants au contact de paysans tuteurs aguerris, de mettre à l’épreuve du réel leur projet et de préparer l’installation proprement dite. « Les futurs paysans développent leur activité en tant qu’entrepreneurs à l’essai et, ensuite, s’ils le souhaitent, en tant qu’entrepreneurs salariés associés à la coopérative. Ils s’insèrent dans un réseau professionnel et tissent des partenariats étroits avec des groupes de consommateurs en Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) qui les suivront au moment de l’installation. Ce réseau de commercialisation déjà établi et les comptes de résultat de l’activité réalisée facilitent grandement le passage devant le banquier au moment de l’installation », assure Sylvain Pechoux, coordinateur des Champs des possibles et investi au sein du RENETA (Réseau national des espaces test agricoles).

Si le test est concluant, sur leur propre ferme ou au sein de la coopérative, les nouveaux paysans seront prêts à se lancer dans leur nouvelle vie.

L'article complet :
http://www.kaizen-magazine.com/devient-on-paysan/

Pour aller plus loin :
Collectif, Devenir paysan, Reconversions professionnelles vers l’agriculture, Les Champs des possibles, février 2016
Gaspard d’Allens et Lucile Leclair, Les Néo-paysans, Seuil/Reporterre, février 2016

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